[Interview] Karine Andrei, photographes dans les Cévennes

Je vous l’avais promis, alors voici la première interview du blog!

Bonjours à tous, depuis quelques temps, même avant l’ouverture de ce nouveau blog, j’avais envie de faire une interview, mais qui interviewer?! Comment y parvenir?! Bref, pleins de question dans ma tête, la principale étant surtout qui allais je pouvoir importuner avec des questions débiles! Et après que le feeling soit bien passé avec Karine via nos discutions sur le forum pix populi, forum dont je vous avez parlé il y a quelques temps, j’ai décidé de prendre mon courage à deux mains et de lui demander de répondre à quelques question par mail, mail que j’avais récupérer sur son site internet: Lumière naturelle, site très bien géré et surtout avec une magnifique galerie que je vous encourage à aller visiter!

Bref ni une ni deux, les discussions s’engagent et les questions fussent, parfois avec pas mal de temps entre plusieurs mails (et oui karine est quelqu’un de surbooker ;)) et cette interview se monte petit à petit enfin, assez parlé non?!

Avant de commencer, je tiens à remercier grandement Karine pour sa gentillesse et surtout pour avoir accepté de répondre à toutes ses questions en prenant le temps de répondre sincèrement!

Alors c’est parti:

Salut à toi Karine, alors est-ce-que tu pourrais nous parler un peu de toi?

Bonjour ! Et merci pour cette petite interview. Je suis Karine, 26 ans, je vis dans un petit hameau de 20 habitants dans le sud des cévennes. J’ai deux adorables chiens, un chat bizarre, et 4 moutons pour l’instant.
La photographie fait partie de mon métier, mais mes revenus actuels proviennent de la création de sites internet et du graphisme. Ce n’est donc pas réellement mon métier, j’ai fait quelques mariages pour me payer un peu de matériel mais j’ai choisi de ne faire plus que les mariages des amis qui me le demandent vu le stress que cela engendre ! Donc niveau photo, je me contente de vendre quelques photos encadrées par ci par là.
Je suis actuellement en formation pour une reconversion professionnelle afin d’élever des moutons sur le Larzac et prendre le relais d’un ami qui gère une réserve naturelle privée. C’est un travail qui est devenu évident, qui combine le maintien des milieux ouverts et
production locale de viande de qualité (et par la suite je l’espère, de laine et de lait).
Ça me donnera la possibilité d’être encore plus présente sur le causse que j’aime tant, même si, cela représente également une forme de contrainte (plus de weekend, plus de vacances, etc). Mais quand on aime… !
J’habite donc une région propice aux paysages et à la nature en général, je suis donc tout naturellement beaucoup plus inspirée par ce domaine et j’essaie, à mon niveau, de faire ce que je peux pour préserver un environnement très fragile
.

2: Depuis quand pratiques tu la photo? Est-ce-que, comme beaucoup de photographes, tu as un souvenir qui marque cette époque?

Je pratique la photo depuis une douzaine d’années maintenant quand j’étais ado. J’ai commencé avec un compact numérique vers 14 ans. Puis, j’ai eu envie d’en faire plus, d’apprendre les bases de la photo. Je me suis donc mise à l’argentique peu de temps après, avec un vieux canon AE-1 d’occasion et un gros bouquin « La photo argentique » de René Bouillot, une bible pas très digeste !
J’ai vite créé mon labo photo au fond du jardin de mes parents avec mes économies, alors que d’autres jeunes de mon age s’achetaient des habits ou faisaient les magasins. C’est grâce à l’argentique et à son apprentissage difficile que la réelle passion est née. Chaque photo devait être réfléchie.
Le souvenir c’est un superbe papier que j’avais en ma possession. C’était un papier perlé il me semble, que faisait Ilford. Un rendu vraiment exceptionnel… seulement, dans le noir, je n’avais pas vu les spécificités de ce papier. Je l’avais utilisé pour faire des bandes d’essai ! (bandes qui servent à définir la durée d’exposition qu’il faut pour telle photo). J’ai quand même tiré une photo avec, et c’est au séchage que je me suis rendue compte du potentiel… seulement, la boite était vide, et ce papier n’était plus commercialisé. Je ne l’ai jamais retrouvé, mais j’ai gardé la photo.

3: Pourrais tu nous en dire plus quant à ton matériel ?

J’ai eu pas mal de matériel, mon premier réflex numérique est arrivé lorsque je n’avais plus trop d’argent pour l’argentique, un canon

eos 350D canon et son objectif 18-55. Je l’ai gardé plusieurs années, puis je suis passé au 40D 5 ans après. 3 ans après, je me suis offert un Eos 5D mark II. Un appareil cher, à vrai dire. Mes exigences ont augmenté avec les années, et l’envie de faire quelques expos aussi. J’ai donc évolué vers un boitier me permettant d’avoir une meilleure qualité de tirages. Côté objectifs, au fil des années, un macro 100mm f2.8, 50mm f1.8, 28mm f2.8 récupéré de l’argentique, 12-24mm SIGMA et récemment un 24-70 f2.8 L pour les paysages, et un 100-400 L car j’ai eu une belle occasion. Je suis parée pour plusieurs années je crois mais je ne me sers plus guère du 12-24mm ni du 50mm.

4: Penses tu qu’on puisse dire que tu as un style photographique en particulier?

Je suis plus à l’aise avec notre environnement qu’avec les humains, faut dire que je vis dans un lieu isolé donc ça semble logique. Du coup, je me régale en paysages, en macro, en animalier parfois. Si j’ai un style, je ne serai pas capable de le dire ! En tous cas je n’en recherche pas un c’est sur, je veux juste continuer à me régaler les yeux devant les scènes de mon ordinaire, devant ces belles lumières que nous offre la nature.

5. Tes photos passent t’elles par la case « post traitement » ?

Question qui porte toujours à des débats. Je souris toujours quand j’entends des personnes n’ayant connu que le numérique dire « ah pour moi, la photo, c’est RAW sans retouche ».
Je pars de la base des photos que je développais sous l’agrandisseur. J’effectue donc seulement les retouches « normales », comme l’exposition, les filtres gradués pour exposer plus ou moins une partie de la photo, tout comme sous l’agrandisseur on faisait des masques, etc. La retouche du style enlever quelque chose de gênant sur la photo ou mettre 50 calques sous photoshop ne m’intéresse pas, généralement, ce sont des choses qui peuvent être anticipées à la prise de vue et je trouve cela plus intéressant. Quand je ne le fais pas à la prise de vue, je me dis tant pis, tout simplement. Idem pour la lumière, je n’en ajouterai pas en post traitement, je la privilégie à la prise de vue. Et si elle n’est pas là… je ne prends pas de photo, ou alors elle restera juste pour le souvenir. Après je ne juge pas non plus ceux qui passent plus de temps derrière l’ordi que derrière le viseur, le tout c’est d’être honnête avec soi-même, et avec ceux à qui on présente la photo.
J’ai toujours un peu de mal avec le traitement noir et blanc numérique des photos, car il prend souvent beaucoup de temps.
En fait, la retouche sur l’ordinateur, moins j’y passe du temps mieux je me porte même si je sais que parfois mes photos mériteraient que je m’applique plus. C’est pas très grave, je cherche pas à faire des œuvres d’art, l’important pour moi est de passer un bon moment à la prise de vue, simplement

.6:Avec quel logiciel?

J’utilise Lightroom qui a les principales fonctions du développement.

7: As tu déja fais ou participé à une expo? A quelle occasion?

J’ai fait plusieurs petites expos, organisé et participé, une chaque année depuis 3 ans. J’organise ça avec une amie qui peint des planches de plantes, très précises, on mélange peintures et photos. Mais ce sont toujours des petites expos, à l’échelle d’un village près de chez moi. C’est intéressant de voir les gens qui reconnaissent des lieux, des plantes, des animaux près de chez eux. Malheureusement financièrement c’est pas facile, c’est vrai que nous sommes dans une région assez sinistrée et même si j’ai vendu à quelques locaux qui ont eu des coups de cœur, ça ne suffit pas à rentabiliser l’investissement. J’expose donc dans des gites que tiennent des amis, mais pour l’instant je n’ai pas beaucoup de retombées. Je n’ai pas osé encore aller démarcher à Montpellier, je ne sais même pas si j’oserai un jour ! Je fais moi-même mes encadrements en bois, au début je prenais des cadres IKEA mais c’était franchement moche et la qualité médiocre comparé au châtaignier de la scierie voisine. Du coup, ça demande plus de temps, c’est sur, mais j’aime bien les travaux manuels et je trouve que ça apporte un vrai plus aux photo.

8: Parmi tous tes clichés, pourrais tu nous présenter tes préférés?

La première est un coquelicot pris il y a maintenant plusieurs années, en 2007 ou 2006 peut-être. Avec mon 350D et mon 18-55 du kit. J’étais dans un état d’esprit particulier, une période assez

difficile. Des conditions de lumières affreuses, et à vrai dire je n’ai aucune idée comment j’ai pu en ressortir ce cliché. Ça restera un mystère, mais je n’étais qu’une débutante et je connaissais juste les bases, j’avais un réflex entrée de gamme, et pourtant c’est le cliché que je vends le plus. Ça me fait toujours relativiser quand je pense à ça !
La seconde a été faite récemment, un lever de soleil à l’Aigoual. Je suis contente car c’est la première fois que j’ai une telle lumière, alors que j’y suis allée souvent. C’était un moment unique difficilement explicable, même avec une photo, fallait y être je crois pour le vivre.

9: Un conseil pour évoluer dans la photos? 

C’est une vague question ! Je pense qu’à l’heure d’internet, on est un peu en overdose d’images. Beaucoup veulent égaler des photos, sans même se poser la question du domaine, du sujet, du moment. Une retouche avec un filtre prédéfini et hop, la photo ressemble à celles taguées « effet vintage » sous flickr.
A mon avis, et il vaut ce qu’il vaut, l’important n’est pas de vouloir égaler ou de rechercher la reconnaissance, il faut savoir pourquoi on fait des photos, il faut être guidés par notre passion. Si je n’étais pas passionnée de nature, je ne prendrai jamais en photo un lever de soleil juste parce que ça fait une jolie photo à montrer sur internet. La passion n’est donc pas forcément la photo, mais tout comme un photographe de portrait doit être passionné par l’humain, ou une maman qui prend son enfant en photo sait pourquoi elle le prend. Une bonne photo sera celle prise avec passion et… conviction. L’important c’est de passer un bon moment à la prise de vue, le reste n’est qu’accessoire… enfin c’est ma vision en tous cas. C’est quelque chose de très personnel, s’il y a une partie de la photo qui ne pourra jamais être partagée, c’est bien ce sentiment qu’on a à la prise de vue.

10: Tu fais parti des modérateurs du forum pix populi, ce forum t’a t’il apporté des choses, as-tu apporté des choses à ce forum?

Je connaissais le créateur du forum avant sa création, c’est pour ça que j’y suis car je n’ai pas l’habitude de parcourir les forums.
C’est vrai que c’est avec le forum que j’ai appris à partager mes photos, à écouter les critiques négatives de photographes au lieu de celles de mon entourage non spécialisé, les conseils, et à recevoir des compliments. Un des travers de tout ça, c’est qu’on aime toujours qu’on dise du bien de nos photos. Et cela influence forcément nos prises de vue. Du coup, depuis quelques mois, j’ai tenté de relativiser et de poster moins de photos, d’en garder certaines pour moi. Juste pour me conforter dans le fait que je ne fais pas des photos pour les autres ou pour recevoir des compliments, mais avant tout pour passer un bon moment et me faire plaisir. Et c’est vrai que, en pensant moins à la prise de vue « ce que vont en penser les autres », on se sent plus libres, un peu moins conditionnés.
Sur ce que j’ai apporté, j’espère avoir aidé quelques débutants dans leur manière d’appréhender la photo même si c’est pas toujours facile. Je sais que j’ai eu aussi quelques difficultés avec certains membres concernant l’éthique du photographe en photo de nature vu que je suis assez catégorique là dessus. Enfin, dans la vie réelle aussi je ne me gêne pas pour le faire.
Même si je prends le rôle de l’écolo ou je ne sais quoi, sous aucun prétexte je n’arrêterai de le dire c’est beaucoup trop important à mes yeux, et les photographes ont malheureusement très mauvaise réputation en ce domaine. C’est plus difficile à gérer dans un forum généraliste que dans un forum spécialisé photo nature ou aucun pas de travers n’est toléré en matière d’éthique.

J’ai fait également découvrir à quelques personnes des petits bouts de ma région, j’ai aussi rencontré quelques membres hors forum et ce fut très enrichissant !

11. Un petit mot de fin?
Gardarem lo Larzac !
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